Manoir

Il existe parfois des cadres si envoûtants, si magnifiques, qu’ils vous transportent hors de la réalité. Il devient alors nécessaire de prendre un instant pour s’interroger, aurais-je franchi le terrier du lapin blanc sans m’en rendre compte ?

C’est légèrement inquiet que j’avançais entre les arbres, le soleil commençait tout juste à se coucher, et ses rayons caressaient les feuillages, m’assurant une visibilité correcte. Je conduisais sans phare me rapprochant du cœur de la forêt.

Ma passagère tout aussi impatiente que moi, commenta notre avancée dans ce cadre paradisiaque.

« Au cœur de la forêt, personne ne t’entendra crier ».

Je me contentais de lui répondre par un rire franc, tout en souriant, je songeais à sa phrase. C’est vrai que le domaine jouissait d’un emplacement discret, chose nécessaire vu les événements qu’il accueillait en son antre. La phrase résonnait encore en moi, accentuant ma faible angoisse tout en aiguisant mon excitation.

C’est avec plaisir que je découvrais les lieux une nouvelle fois, je flânais dans les pièces, m’imprégnant de l’atmosphère, et détaillant les bibelots savamment disséminés. Il y en avait juste assez pour habiller les pièces, sans pour autant les dénaturer. La personne ayant embelli les différentes ailes de la gigantesque demeure, semblait avoir un sens inné de la décoration. Je passais quelques instants dans ce que je nomme la grande salle. Accueillante, son énorme cheminée en pierre accentuait encore plus son air douillet, nul doute qu’elle abriterait plus tardivement un feu accueillant.

Tout droit sortis d’un livre de Sade, le mobilier au passé élégant, et le salon confortable mais luxueux me ferait presque perdre la notion du temps. L’immense table imposante semble prête à servir un banquet, ou accueillir un chercheur passionné qui pourrait dans sa frénésie de savoir, étaler sur plusieurs mètres carrés, manuscrits obscurs, et plans rongés par le temps.

Cependant nul chercheur, et nul dîner de rigueur, si ce n’est celui des sens, les chaînes pendantes devant la cheminée laissaient présager une utilisation plus mordante de la pièce. Et seuls des hédonistes aguerris pourraient franchir le seuil de la demeure durant cette douce soirée.

Je restais songeur quelques secondes devant le buste d’un illustre inconnu, avant de me rendre dans le salon bleu. Me sentant presque l’âme d’un explorateur, seul le bon sens m’empêchait de détailler chacune des pièces aussi petites soient-elles de ce manoir improvisé.

Bleu, ce salon en est parcimonieusement doté, un canapé rectangulaire trône en plein centre de la pièce. Confortable et sous-creusé, il ressemble presque à un jacuzzi. Le cuir de bonne qualité invite les visiteurs à les essayer, à s’installer au centre de cette salle de jeux, jeux désormais réservés aux adultes. Nuls jouets, ou livres disséminés, si ce n’est une croix de Saint-André et diverses attaches qui accueilleront les victimes consentantes de la soirée.

Je restais admiratif face à un immense tableau d’Enki Bilal, les personnages énigmatiques, figés, devaient avoir vu bien des choses en ces lieux de dépravation, si seulement la parole leur était accordée, je suis sûr que je pourrais les écouter durant des heures. La moquette confortable grince agréablement sous mes pas, tout en atténuant leurs bruits. Je songe que le canapé délicieusement agencé permet aux voyeurs, et voyeuses de toutes sortes de s’assurer une visibilité de chaque coin de la pièce, de promener au grès de leurs envies leurs regards face aux spectacles qui s’offriront gracieusement à leurs yeux.

Mais le temps n’est plus à la contemplation, mais à l’action, je rejoins le hall d’entrée ou « Très Chère » s’entretient avec les hôtes de la soirée. Le hall est plus simple, mais sa sobriété le rend plus accueillant, comme une mise en bouche face aux autres pièces plus sophistiquées. Elle est déjà habillée avec goût et de façon pointilleuse, son body noir transparent dévoile les formes généreuses et délicates de son buste. Ne tombant pas dans un excès de dévoilement, sa poitrine bien qu’offerte aux regards garde une part de mystère grâce à de minuscules bandes qui camouflent les pointes de sa poitrine. Ses talons noirs et sobres lui assurent une élégance jusqu’au bout des pieds, sa jupe simple et longue tombe élégamment et avec générosité sur ses jambes. Si l’envie lui en prend, elle met parfois une veste vintage de motifs à carreaux, qui lui donne un air d’institutrice revêche, chose qui semble l’amuser.

Le thème de la soirée étant la rentrée des soumis(e)s, je me vois contraint d’adopter un dress-code, chose dont je suis peu habitué, mais qui une fois accepté, peut se révéler amusante. Tandis que je dépose dans la chambre confortable, située en haut de l’une des tours du Manoir les effets personnels dont je n’ai pas l’utilité, la « Très Chère » corrige ma tenue. Chose un peu infantilisante, mais qui me rassure face à son goût sûr en la matière, même lorsqu’elle use de tenues extravagantes.

Elle semble intensément concentrée tout en vérifiant que les plis de mon chino retombent avec élégance sur mes Docks Martens Bordeaux. Elle desserre avec zèle les bretelles qui recouvrent ma chemise blanche, et pousse même le vice jusqu’à aligner au centimètre prêt les attaches. 

« Regarde-toi dans le miroir » me dit-elle avec un sourire.

Je me fais l’effet d’un célèbre Peaky Blinders, et ses vérifications précautionneuses gonflent mon ego, je bombe le torse face à immense miroir situé sur l’un des murs de la chambre tandis qu’elle me regarde amusée.

« Assure-toi de te tenir droit en toute circonstance, tu te déplaçais de façon voûté tout à l’heure, tu sais que j’aime que tu sois élégant en toutes circonstances surtout au cœur de ta soumission »

Je la rassure face à ses doutes, et m’excuse rapidement.

« C’est que les bretelles étaient trop serrées…

– Et bien maintenant tu ne devrais plus avoir ce problème. »

Je sais que l’élégance et l’une de ses exigences, chose que j’apprécie et me dois de respecter, si elle prend plaisir à me voir assurer une image et posture agréable aux yeux, cela me plaît aussi de dégager ce genre d’aura.

Les invités arrivent petit à petit, tandis que je lézarde sur le salon de jardin, j’aspire avec gourmandise de grandes bouffées de cigarillos tout en conversant avec quelques habitués dont je me suis rapproché depuis peu. L’extérieur est aussi confortable que l’intérieur, et c’est souriant que j’écoute et commente parfois les dernières anecdotes de « Très Chère » et de l’une de ses proches amies Dominantes.

La soirée n’ayant pas commencé je suis libre de mes mouvements, confortablement assis je savoure le moment, n’ayant pas de relations d’appartenance personne ne peut me demander de m’agenouiller de suite. Je loue le bon-sens des organisateurs de laisser chacun libre de respecter un protocole plus ou moins contraignant. 

Je fume plus que de raison, et salue petit à petit les nouveaux arrivants, j’attends le départ des réjouissances patiemment, l’ambiance est bon enfant et les papotages vont de bon-train, des petits groupes d’affinités se forment et le hall d’entrée est bercé par des rires et autres conversations.

Je vivote, entre café et cigare, papotage et attente, alternant hall et jardin au grès de mes envies.

On nous demande alors de nous regrouper, enfin quand je dis « On », devrais-je dire soumis et soumises de la soirée. Nous formons une ligne à même le sol, à genoux, ou nous attendons presque religieusement les instructions. Je dis presque, car lorsque l’hôtesse nous annonce l’épreuve de la rentrée, une dictée, des réactions de mauvais garçons fusent des rangs. Protestations, et autres remarques impertinentes me font sourire sans que je n’y participe, c’est là que l’on reconnaît même dans la soumission les personnes caractérielles, et ce même lorsque chaque entorse peut être réprimandée.

Les personnes dominantes confortablement installées reluquent avec nonchalance le panel d’élèves improvisés, la dictée suit son cours entre blagues et négociations des mauvais élèves. La dictée est l’un des écrits de la femme de Sade, un texte agréable et beau malgré un sujet plus ou moins scabreux. Je suis extrêmement concentré, bien décidé à faire peu de fautes, et me concentre exclusivement sur ma feuille. J’étouffe quelques rires face à des provocations de plus en plus prononcés de la part des fortes-têtes et rassemble tout mon sérieux pour ne pas céder quand j’entends « Très Chère » dénoncer les tricheries d’écoliers paniqués. 

On attribue des malus aux tricheurs démasqués tandis que la correction commence, pendant ce temps chacun est libre de vivre sa vie.

Très Chère bien décidée à entamer la soirée en fanfare exhorte son amie à l’accompagner. Elle finit par céder, et c’est accompagné d’un soumis de mon âge et d’un autre plus âgé que nous nous rendons dans le salon aménagé. Nul accès à la salle de la grande cheminée, ni au salon bleu, mais un espace magistral nous est dédié.

Nous nous alignons tous les trois nus, face au mur, chacun s’accrochant à des chaînes disposées là pour l’occasion. Entre temps un autre Dominant accepte avec plaisir de se joindre à la symphonie qui se prépare. C’est donc trois soumis face à trois dominants qui ouvrent le bal.

Je fixe un point sur le mur, et tente de ralentir mon excitation en contrôlant ma respiration. Le morceau commence et les coups tombent petit à petit, d’abord délicats et presque mignons, je ne lâche que quelques râles surpris quand ils visent des parties plus sensibles de mon corps. Les autres soumis bien plus silencieux ne laissent pour l’instant rien transparaître, et c’est avec surprise que parfois j’accueille une tonalité différente de celle de « Très Chère ». Les morsures de martinet se font plus vicieuses, accrochant le bas de mon ventre, là où la chair est tendre, je gémis de plaisir et de stupeur mêlé, peu habitué à être travaillé à cette partie du corps.

Réactions qui ont pour effet de faire redoubler d’efforts mon bourreau inconnu, la morsure se fait plus vive, presque chaude, avant d’être remplacé par un autre danseur tout aussi inventif. Je sens cette fois des coups plus cléments, mais plus rapides parcourir tout mon dos, et relâche des cris de plaisirs quand le danseur qui s’avère une danseuse, arrête notre valse pour maltraiter mes tétons. Je soupire et me donne à chacun des rythmes, mes comparses laissent eux aussi libre cours à des onomatopées intéressantes. Je commence à reconnaître les différents dominants, chacun ayant un style différent, mais n’ai pas le loisir de m’assurer de mes déductions. Je fixe toujours un point sur le mur, concentré mais aussi perdu dans mes sensations, apercevant du coin de l’œil deux formes. Probablement un public à nos tourments, arrivés sans que je ne m’en rende compte. 

Arrivé à ce degré de séance, peu m’importe les regards critiques ou envieux qui couvrent mon agréable supplice, peut-être m’auraient ils dérangés au début, quand mon corps et mon esprit n’avaient pas été transportés par cette valse de délicieuses marques recouvrant mon corps.

Les murmures se font plus nombreux. Peut-être y-a-t’il d’autres spectateurs en dehors de mon champ de vision. Qu’ils se repaissent à loisir si ça leur chante, ce spectacle ne sera pas le dernier, puisse-t-il les mettre en appétit.

J’accueille avec joie les attentions de « Très Chère » quand je reconnais les coups qu’elle me prodigue, moins vicieux que d’autres mais plus lourd, elle vise certaines parties qu’elle sait plus sensible.

J’aimerai jouer plus longtemps avec elle, mais le changement de joueur n’est pas de mon ressort, et de plus, il rend l’échange imprévisible.

«Appuyez sur cette partie, vous verrez c’est amusant » la tonalité joueuse et ravie de « Très Chère » ne m’amuse pas du tout, j’en reste bouche bée.

Comment ose-t-elle ainsi dévoiler les faiblesses de mon être, la partie la plus sensible de mon dos. Bien qu’il reste extrêmement sensible dans sa globalité, je sens l’attention redoubler juste en dessous de mes côtes, je soupire de dépit, et tente de bouger le moins possible, des ongles ravis se plongent dans la partie tendre tandis que je sers les chaînes avec plus de vigueur. Mon bassin bouge par réflexe incontrôlé confirmant la cachotterie de « Très Chère ».

Le concert arrive à son terme, un peu fatigué mais encore plein d’énergie je suis « Celle qui murmure » au creux du canapé. Les caresses agréables qu’elles me prodiguent me plongent dans un abîme de tranquillité. Après quelques minutes elle me propose de rejoindre la salle commune, ce que j’accepte avec plaisir. Les participants ont désormais investi la salle de jeux, et c’est une salle comble qui accueille de nouvelles réjouissances.

Quelques personnes n’ayant pas encore l’envie de se livrer à différents jeux, ou souhaitant prolonger leurs discussions sont restés dans la salle d’entrée. Je papote une bonne dizaine de minutes, avant que « Très Chère » jusqu’alors en discussion me sollicite. 

« Vient ici Sun demande t’elle d’un ton enjoué

Non pas sur fauteuil à genoux » précise t’elle avec un sourire

Pas besoin d’être un génie pour comprendre qu’elle a envie de jouer, et c’est avec un plaisir non dissimulé que je me rapproche. Son air se fait un instant plus sérieux, voir légèrement inquiet.

« Tu as assez récupéré, tu es sûr ? »

J’acquiesce et retire ma chemise et mes bretelles à son ordre, elle me présente sa camisole que je regarde avec envie. Noir elle immobilise les bras tout en découvrant le torse et le ventre. Je plonge mes bras à l’intérieur et suis rapidement envahit par une chaleur agréable bien que légèrement moite. Elle verrouille d’une main experte l’accessoire et me passe laisse passe autour de mon cou. Son accessoire fétiche un bandeau magnifique, customisé de deux grands yeux blancs, il me prive de la vue. Tandis qu’elle se lève et m’invite à la suivre.

« Non, non pas comme ça, à genoux » dit-elle en riant. 

Je me fais l’effet d’un chiot stupide, c’était beaucoup trop facile j’avance petit à petit difficilement comme un canard de conte pour enfants.

« Ce n’est pas toi qui autrefois, aimait promener tes soumises en laisse ? »

Touché, et une confession retournée contre-moi, j’accepte la pique avec un sourire légèrement crispé.

Le bandeau m’est retiré devant une cage plutôt spacieuse, ressemblant à s’y méprendre à une prison canine. 

« Rentre dedans et ne compte pas sur moi pour t’aider »

J’avance avec précaution, lentement et finit tant bien que mal par entrer dans la cage sans aide. Elle me repasse le bandeau et justifie son choix sobrement.

« Il fallait bien que quelqu’un occupe cette espace non ? »

Quand le jeu a démarré, j’évite de la contrarier, sauf pulsions masochistes ou provocatrices bien trop irrésistibles. Elle me soutiendrait que la terre est plate, que je le noterai religieusement dans un carnet, comme le plus studieux des élèves.

« Il ne faudrait pas que ça soit trop confortable n’est ce pas ?

– Oui Très Chère »

La laisse est attaché au haut de la cage, m’assurant une position voûté légèrement inconfortable. Je ne peux reposer mon dos contre les parois de ma niche improvisée. Et ne doit pas trop me voûter au risque de perturber ma respiration, du grand travail.

Je ne vois rien, et me concentre donc sur mon ouïe, la position est un peu stressante, mais le bandeau me prodigue un confort non-négligeable. Impossible de voir combien de personnes sont présentes dans la salle d’accueil, je reconnais quelques voix, et estime le nombre de personnes, mais sans plus. 

Je reconnais soudain la douce parole de « Très Chère », vu la distance, elle doit se situer sur les fauteuils les plus proches de la cage, cela me tranquillise. J’essaye de comprendre ce dont elle parle mais ne parvient qu’à capter des bribes de conversations, je crois qu’elle parle à un homme, mais je ne reconnais pas sa tonalité de langage. Après quelques minutes je me concentre seulement sur ma respiration et la chaleur prodiguée par la camisole, écouter est trop pénible, juste savoir qu’elle est proche me suffit. Je finis presque à m’accoutumer à ma position, ma respiration se calme et se fait plus profonde, j’ai chaud mais c’est supportable, car mon dos, mes pectoraux et mon ventre nues régulent ma chaleur corporelle. 

Des bruits de talons perturbent mon espace environnant, et la cage est soudainement frappé plusieurs fois, ce qui me fait sursauter.

« C’est confortable ? » 

La question de « Très Chère » ne sonne pas comme une interrogation, mais plus comme une affirmation.

-Oui, plutôt dis-je avec une petite voix

-Bon on va ajouter ça alors»

Une douleur vive, perce mes tétons, des pinces à sein, mais celles-ci sont nouvelles, ce n’est ni son modèle qui est bien plus supportable, ni les miennes que je supporte mal. La zone de pincement est bien plus grande et plus forte qu’à l’accoutumée.

« Tu remerciera Dame L, elle me les a prêtée gracieusement »

Ses pas s’éloignent, j’ai la bouche ouverte de stupeur, j’ai envie de l’appeler, de lui demander de retirer les pinces qui sont bien trop douloureuses, je n’avais encore jamais connu telle douleur sur mes tétons. Je suis persuadé d’être incapable de les supporter et commence à paniquer. 

Le problème c’est qu’en paniquant je bouge, et en bougeant, j’accentue la pression. Je suis bien obligé de me calmer ne serait-ce que pour m’épargner un tirage inutile. Je fulmine intérieurement, puis commence à me raisonner, l’énervement ne m’aidera en rien, je me rassure en me disant que c’est un test, qu’elle ne me les fera pas garder trop longtemps, qu’un soumis n’a pas à supporter que des choses agréables, que si cela lui fait plaisir je dois l’endurer.

Je contrôle mon flux d’aspiration et commence à le prolonger et l’accentuer, de minces filets d’air émettant presque un sifflement sortent de mes lèvres. La panique se résorbe, la douleur reste très vive, mais j’arrive à la supporter, une fois la situation acceptée, je me tranquillise presque. Impossible d’écouter les conversations environnantes, j’essaye de bouger mon ventre le moins possible chaque fois qu’il se gonfle pour aspirer l’air, des tiraillements perçants martyrisent mes meurtrières. Je me surprends à endurer ces pointes, la douleur descend d’un petit cran et reste ensuite persistante, je soupir d’exaspération mais très discrètement.

« Alors on s’ennuie moins ? » demande t-elle amusée

– Oui Très Chère » ma voix est vive presque comme celle d’un soldat au garde-à-vous, cette fois je ne l’ai pas entendue arriver.

J’entends Maître B arriver et s’amuser de la situation, avec « Très Chère », ma position semble encore trop confortable au goût de Très Chère qui me le fait comprendre.

« Remercie Maître B d’avoir mit à disposition la cage 

-Merci Maître B, ma voix est claire mais presque robotique

-Il va utiliser un peu d’électricité sur ta nuque, alors ne panique pas d’accord ?

-Oui Très Chère »

Je sens l’objet se poser délicatement sur ma nuque, je sursaute instantanément, le volume est faible mais le corps réagit par réflexe. La douleur ne provient pas de son objet, mais des pinces qui remuent à mes sursauts.

Il appuie ainsi 2 ou 3 fois, avant de faire tomber son objet par mégarde entre les barreaux de la cage. Tandis qu’il tente de le récupérer « Très Chère »  continue de s’amuser de mon tourment.

« Tu ne t’excuses pas d’avoir fait tomber son jouet ? » Son ton est enjoué, j’imagine son regard sadique et joueur.

Je n’ai pas à m’excuser, mais je connais les règles du jeu, et les pinces m’ont clairement mâté sur ce moment.

« Pardon Maître B 

– Et remercie-le aussi de prendre de son temps pour s’occuper de toi

-Merci Maître B de prendre de votre temps pour vous occuper de moi » 

Je réponds rapidement et docilement pour ne pas la contrarier, Maître B produit un rire amusé face aux questions sadiques de Très Chère. La conversation est à sens unique et me fait l’effet d’un interrogatoire.

Quelques autres décharges achèvent cet entracte, Maître B s’éloigne tandis que « Très Chère » commence à vouloir me retirer les pinces.

Elle retire la première et une intense et pénétrante douleur me fait presque crier, instantanément ses doigts vont appuyer sur mon téton pour atténuer la morsure mais je reste surpris par cet afflux intense et soudain.

Un soupir empathique, m’indique que « Très Chère » a conscience de la vivacité des sensations. Elle retire la deuxième, je grogne, mais ses doigts vont directement favoriser l’afflux sanguin longuement.

Le bandeau m’est retiré, je cligne des yeux pour m’accoutumer à la lumière tandis que je sors maladroitement de la cage, elle me remet le bandeau instantanément et m’amène jusqu’à son fauteuil ou un coussin atténue l’inconfort de ma position à genoux. Ses doigts habiles me massent la nuque et le crâne pour me récompenser, ma tête repose sur ses genoux, un petit bout de paradis après l’intense épreuve. Le confort dure encore quelques instants, elle me retire le bandeau et me laisse m’accoutumer à la luminosité.

« C’était bien ?

-Oui

-Oui qui ?

-Oui « Très Chère » ! répondis-je paniqué

-Un soumis de ton niveau n’a plus à faire ce genre de fautes… »

Son visage est dur et semble réellement blasé, je m’en veux sincèrement en découvrant cette expression qu’elle arbore rarement.

« On va y remédier »

Elle saisit les pinces et me les remet, je frémis en les voyant mais ma culpabilité me pousse à l’endurer, elle les retire au bout d’une dizaine de secondes sans aucune douceur. Je me cambre et laisse simplement sortir un « Hummmm… » de douleur.

Une fois mon écart de conduite corrigé, son habituel et agréable sourire revient, je suis presque content, et reste pendue à ses lèvres, tandis qu’elle clôt ma faute avec « C’est bien ». Je reste à genoux, très satisfait du coussin et du confort qu’il m’apporte, mes bras reposent le long de mon corps mais la chaleur de la camisole me ferait presque oublier qu’ils sont présents. Complètement dans ma bulle, je reste à la regarder. Je détaille encore sa magnifique tenue, absorbé par la texture et l’assurance qu’elle dégage en bavardant avec Dame L et un autre soumis à notre droite. Je n’en perds pas une miette, sans suivre la conversation. 

« Sun, tu veux bien aller me chercher quelque chose ? »

Sa voix me sort de ma douce torpeur, je n’ai pas le temps de répondre, mon langage corporel indiquant sûrement que j’y suis disposé, sans même m’en rendre compte je dandine des fesses sur mon coussin, pour manifester ma joie ce qui accentue encore son air ravi.

 « Va me chercher la gamelle, dans la chambre, je l’ai caché sous l’une de mes vestes pour que tu ne voies pas que je l’ai amenée »

Je me dirige directement vers la chambre, aussi rapidement que je peux, la camisole détachée me ralentit, car mes bras restent conservés dans l’étau, je franchis avec engouement les étages, bien que je n’ai pas hâte de voir l’utilisation qu’elle va faire de la gamelle.

Je la dépose ensuite sur la table basse et reprends ma position initiale. Très Chère se dirige vers le buffet en m’indiquant de ne pas bouger.

Dame L, commente avec une voix emprunte d’amusement la situation :

« Je vois qu’on s’occupe bien de toi »

Ne voyant pas de réponse appropriée un sourire crispé fait office de réponse.

« Il n’ose pas répondre, je crois qu’il a compris qu’il n’y en a pas de bonnes»

Un rire franc éclate parmi les personnes présentes autour de notre zone de confort, j’en rirai presque aussi. 

Mon ami soumis presque empathique et curieux vient me poser quelques questions sur les récents bienfaits prodigués pas « Très Chère ».

Je me permets de lui répondre courtement et commente maladroitement en haussant des épaules, l’attention que me porte Très Chère. Je me tais quand elle reprend sa place, après avoir saisi quelques toasts et amuse-gueules du buffet.

« Sun se plaignait, de l’attention que tu lui portes commente Dame L

– Ah bon, et comment ça ? »demande Très Chère plus curieuse qu’autre chose

– Ce n’est pas vraiment ce que j’ai dit, c’est détourné de son contexte répondis-je peu confiant

-Donc tu es en train de dire, je devrais plutôt dire affirmer, que Dame L, que j’estime énormément ment ? »

Voyant la conversation tourner au vinaigre, je me sens dans la peau d’un lapin qu’un chasseur soulève par les oreilles.

« Euh non Très Chère, pardon Très Chère

-Donc c’est toi qui mens

-Oui Très Chère »

Aucun moyen de sortir de ce guêpier, je suis la cravache qu’elle caresse des mains avec panique.

« 5 de chaque côté » La cravache s’abat, son apparence en forme de baguette magique, avec une pointe en forme d’étoile lui donne un air enfantin, presque doux. Mais je vous assure que c’est tout le contraire.

L’impact est rude sur mes tétons déjà bien travaillés, mon visage se crispe mais j’ai hâte d’expier ma bêtise. Je gémis sur la fin, et me damne d’avoir été aussi imprudent.

Très Chère après avoir mangé me prépare une gamelle avec différents ingrédients, je passe au-dessus du fait de manger après elle, symbolique assez forte dans le dressage d’animaux. Trop content d’avoir fini de payer mes bêtises.

Elle se penche vers moi et commence à parler moins fort qu’à l’accoutumée.

« Tu vas réussir à manger dedans ?

– Mais il y a plein de mondes autour… répondis-je paniqué

– Tu veux le bandeau pour t’aider ? Demande-t-elle tout en préparant la gamelle

– Je… je crois que oui

– C’est le fait qu’il y a du monde autour qui te dérange ? Son visage se fait plus inquiet

-Oui…

-Écoute, la dernière fois que tu as mangé dedans nous n’étions que tous les deux… et je n’y avais pas forcément pris du plaisir. Cette fois j’ai réellement envie que tu manges dedans. Tu te fiches de qui nous entoure, je veux que tu fasses ça pour moi. Tu n’a pas à avoir honte, tu le fais pour moi, et c’est notre jeu à tous les deux.

-Je pense que je peux le faire sans le bandeau »

C’est peut-être les émotions fortes qui m’ont rendu plus sensible, mais son discours me tranquillise et me donne vraiment envie de sortir de ma zone de confort, rien que pour elle, et pour satisfaire cette envie qui lui semble importante.

Je racle tant bien que mal la gamelle, évitant de regarder autour de moi et reposant mes yeux sur elle quand la gêne revient, mais sa présence rassurante me fait oublier mes inquiétudes initiales et j’y prends presque du plaisir.   

Le silence est réclamé et le résultat des dictées est distribué, on demande aux soumis de s’agenouiller en ligne pour le résultat, « Très Chère » me fait signe de rester manger à ses pieds tandis que les résultats fusent. 

« J’espère que tu auras la meilleure note » commente-t-elle

– Sun 19/20 » La voix de la professeure de rigueur forte résonne dans la pièce.

Très Chère satisfaite, regarde rapidement la dictée, aucune note supérieure n’est pour l’instant accordé.

« Bon, il y a quelques ratures, mais ce n’est pas mal tu sais ? » dit-elle avec une fierté non dissimulée.

– 20/20 » indique L’institutrice »

Très Chère fait la moue instantanément, et repose ma dictée sur le rebord de la table.

« Tu n’a pas eu la meilleure note… » elle semble authentiquement déçue.

Je suis vexé tout d’abord par sa réaction et mobilise toute ma volonté pour ne pas le montrer, c’est pas mal quand même 19 songeais-je intérieurement. Je résonne mais son visage moins satisfait me fait réellement de la peine. 

« En plus tu as fais une faute sur une majuscule, c’est dommage non ? »

Je reste silencieux face à ses commentaires. Ne sachant pas quoi dire. On lui apporte mon diplôme de la rentrée des soumis(e)s imprimé pour l’occasion.

Elle le saisit presque avec dédain et l’approche de la flamme d’une bougie.

« Je devrais le brûler…, je sais ce que tu te dis, que ta note n’est pas si mal, que tu devais être satisfait, tu ne veux pas que je le brûle n’est-ce pas ? Tu veux le conserver ? 

– Oui Très Chère 

– Je ne le brûlerai pas, mais je veux que quand tu le regardes tu te rappelles cette petite faute, et qu’elle te pousse à faire de ton mieux, à atteindre une perfection digne de ta servitude. Je veux un soumis qui donne le meilleur de lui-même et ne soit pas satisfait d’un simple 19 sur 20 

– Oui Très Chère s’est promis »

Elle repose mon diplôme loin des flammes et je reste accroché à ses lèvres, fortement touché malgré moi par son discours, tout ce qu’elle a dit résonne alors comme une évidence que j’intègre sans aucune barrière. Je ne prendrai conscience de l’impact de cette leçon que bien plus tard, en me repassant mentalement les évènements de la soirée.

La vie est remplie de donneurs de leçons qu’on écoute d’une oreille discrète, on hoche la tête presque avec ironie à la fin de leur laïus, et mettons à la corbeille leurs discours moralisateurs. On peut se targuer d’avoir un filtre à connerie, mais quand la leçon est donnée par une personne estimée qui plus est en position dominante, la force de ses mots prend une tout autre dimension.

Quelques heures passent ensuite, « Très Chère » ne focalise plus son attention exclusivement sur moi et profite des convives et autres salles de la soirée. Je me repose sur un nuage après les récents évènements. Je ne vois pas le temps défiler tandis que des invités commencent à s’éclipser petit à petit, annonçant la fin de ce petit monde, cette parenthèse du quotidien.

Il ne reste que 5 personnes debout à ce stade de la nuit, « Très Chère » me fait venir dans la salle de jeux, surpris par ses réserves d’énergie, je la suis, la fatigue arrive doucement et je me sens encore capable de jouer une dernière fois avant la fin des hostilités.

Elle commence à suspendre une chaîne avec difficulté, son langage corporel fatigué semble s’évaporer, au profit d’une concentration et d’une énergie nouvelle. Je m’exécute et me déshabille, ne gardant qu’un boxer. Seul une personne assiste à cette cachotterie de dernière minute.

« Sun remet ton jean et tes Docks » dit-elle avec un rapide coup d’œil

J’obéis sans réfléchir.

« Sun enlève-les » ordonne-t-elle d’une voix chantante.

Humour de dominant, faire tourner en bourrique les soumis, c’est aussi l’un de leurs petits plaisirs. 

Je m’approche d’elle après ce cycle de dérision. Tends un par un mes poignets qu’elle verrouille et relie lentement à la chaîne. Je me retrouve les bras tendues vers le haut, offert mais avec un mou assez confortable.

« Je vais attacher tes jambes maintenant

– Je croyais que vous ne vouliez pas faire de shibari ce soir

– Tu es sûr, que tu veux me provoquer maintenant ? »

 Sa voix est un murmure déposé au creux de mon oreille, une morsure conclut la menace.

Je réfrène l’excitation que provoque le contact des cordes sur mes jambes, elle les relie l’une contre l’autre en laissant très peu d’espace, je me fais le plus silencieux possible même lorsque le frottement des dernières cordes qui verrouillent mon carcan se révèle peu agréable. 

Mon corps bascule sans prévenir, « Très Chère » joue avec son œuvre, me faisant me balancer, seule la pointe de mes pieds touche le sol le tout retenu par des menottes. Je me fais l’effet des espèces de jouets pour enfants, rond à la base avec un poids qui empêche leur chute et leur assure un équilibre, on a beau les pousser ils finissent par retrouver leur position initiale.

Le sacro-saint bandeau de rigueur m’assure une concentration optimale sur mes sensations physiques. Après avoir saisit un martinet, « Très Chère » m’indique qu’elle n’a pas une grande expérience de leurs maniements, je me prépare donc mentalement à le recevoir, en confiance malgré ses paroles.

Les premiers coups sont timides, mais je sens la qualité des lanières plus lourdes que ce que j’ai connu jusqu’à maintenant, au bout d’une petite dizaine de calibrages sur mon dos, vu mon silence, les coups sont plus assurés et plus cruels, ce qui me fait frémir et rompt la quiétude de la pièce. Deux attentions plus vicieuses achèvent l’entracte en tendant au maximum la balançoire que forme mon corps. Je me repositionne, plein de bonne volonté, avant de sentir mon caleçon se baisser.

« C’est l’heure de les faire rougir » 

Je sens une badine appuyer avec vigueur sur la chair tendre, j’apprécie la sensation vive et perçante. 

« Détends-toi, laisse toi-aller »

Seules ses indications font lien avec ma bulle, je sens mes poignets crispés, et essaye de détendre mes muscles pour les prochains coups. Après un échauffement en bonne et due forme, je perds peu à peu le fil du décompte, suivant juste le changement d’instruments, j’écoute avec attention ses indications, et éprouve une joie nouvelle à chacune de ses félicitations. Quand un coup très lourd est accueilli par un cri de plaisir, ou un corps détendu, elle m’encourage à me lâcher et je perds totalement contenance, n’étant plus qu’un fil de ressentis au creux de ses attentions. 

Une nouvelle découverte me ravis,, un trait rouge et mordant, une lanière fine fouettant l’air, simulacre de fouet, lézardant mes fesses et mon dos, nids de chaleur au cœur de mon tourment. J’apprécie et savoure avec extase cette nouvelle sensation. Le bruit de l’air se fendant, avant le creux de l’impact sur la surface extrêmement fine.

« Encore Très Chère »

Pas de réponse, mais son utilisation plus longue accède à ma demande. Je jouis mentalement, et abandonne le monde réel quelques instants. Mes poignets douloureux me ramènent à la réalité une dizaine de minutes plus tard. Je m’essouffle et reprends un contact lent avec la réalité, je quitte peu à peu ma bulle à contrecœur pour retrouver des sensations de fatigues.

Mes jambes tendues me font aussi souffrir je soupire de frustration et partage mes sensations.

« Orange, Très Chère »

Pas de réponse, elle s’amuse encore quelques minutes avant de stopper son élan.

« Tu peux tenir encore un tout petit peu ? 

– Oui Très Chère »

Comblant la fin de son appétit, elle accède à mes mains et me demande de serrer les siennes, je serre avec toute la force disponible.

« Oh oui effectivement »

Sa voix me fait comprendre que la force de mes mains est bien inférieure à ce que je pensais. Elle me détache rapidement et me soutient jusqu’au canapé, me pose au creux d’une couverture où je plonge dans un abîme de chaleur, m’endormant presque sous ses caresses.

J’entends une discussion mais ne comprends pas tout, me contentant de répondre par onomatopée ou bribes de paroles quand je crois qu’on me sollicite durant une dizaine de minutes.

Complètement shooté, elle m’enjoint à rejoindre la chambre, lace mes chaussures, me met sa veste, et m’ordonne de l’attendre au chaud tandis qu’elle aide au pré-rangement. Je m’endors rapidement après une rapide discussion, bercé par sa chaleur, après cette intense parenthèse.