Le confort dans l’inconfort, le bras gauche tendu et plié tel une aile qui ne s’élancera plus jamais dans le ciel. La morsure des cordes sur le poignet droit est plus forte, elle provoque une gêne rapide mais pas dangereuse.
Ne pas partir trop vite, ne pas laisser les cordes m’emmener vers les nuages. La première boucle sur mon épaule envoie une décharge de satisfaction, ça ne fait pourtant que commencer. Je crois que ce que je préfère, c’est les tours des cordes sur le torse et le ventre, comme un corset ou un cocon chaud. J’ai déjà envie de me déconnecter au bout de quelques minutes, ça serait si facile, ça m’apaise toujours. Je combats intérieurement ma surexcitation, c’est comme goûter un vin après des mois d’abstinence, ne pas tout lui dévoiler, garder des cartes dans la pioche. Les cordes au bas du cou c’est délicieux, ce danger maîtrisé, je n’ai pas eu l’occasion de goûter ça avant, j’adore.
Elle a ce regard pensif, cette réflexion pour la suite, j’ai parfois du mal à soutenir son regard, là c’est facile elle est concentrée ailleurs. Elle me déplace aisément sur le sol, en agrippant toutes les cordes qui se resserrent sans pitié. Le plaid est doux, la tête affalée sur le coussin, je ferme les yeux, inutile de les garder ouverts. Les contre-tensions dans les jambes sont rapides, le rythme aussi, l’enveloppement est complet.
Elle me chatouille les pieds, c’est fourbe, je m’étouffe en tirant trop violemment. Je tire sur toutes les cordes avec force, rien ne bouge, les voyants de mon cerveau s’allument tous, jackpot. Je suis chatouilleux, elle continue, explore d’autres zones, je commente bon enfant mais la vérité c’est que j’ai tellement tiré sur les cordes que mes jambes fatiguent. Elle aurait peut-être pris un coup malgré moi si elle n’avait pas si bien relié tout le cocon.
Continuer les check, garder la concentration, répondre à ses questions, écouter sa voix, les contrées viendront après.
La morsure est vive, les pieds se tendent. C’est parfait, je n’avais jamais fait d’impact attaché, je suis obligé de détendre totalement le corps au risque d’accentuer les tensions dans mes jambes et de me fatiguer inutilement en bougeant. D’abord l’air qui se fend, ensuite la ligne rouge. Elle appuie plus fort mais se limite, je le sens, je grogne ou gémis si les coups mettent trop de temps à se dissiper. Je me suis coupé la respiration deux fois depuis qu’elle a commencé.
Une pause, une question.
« Tu préfères les chatouilles ou le fouet ?
Répondre vite, ne pas trop hésiter.
– Les chatouilles ! »
Elle reprend, je tends tout le corps de protestation, mes jambes se raidissent douloureusement, tant pis, supplier pour ralentir, sinon je vais craquer.
Elle passe au-dessus, tend la corde du cou. Elle commente, me dit que ça va faire du bien, je pars plus loin. Elle a raison, elle s’arrête, j’en voudrais plus mais je sais que ça serait trop, je ne sais pas si elle le sent mais elle passe à autre chose.
Le tapotement est agréable au début, puis m’irrite, toujours le même rythme légèrement en dessous des côtes. Je l’accepte mais il me fait perdre la notion du temps, je ne sais pas si ça fait 20 secondes ou 3 minutes. Des équerres dorées arrivent dans mon crâne, elles s’échappent de ma caboche. C’est agréable une fois qu’elles partent mais elles traversent avec une mauvaise sensation, comme ce putain de bruit de scratch. Je n’arrive pas à trancher, c’est bien ou mauvais ? Je l’ai oubliée, les équerres continuent, je sens le tunnel arriver, le lui dire sinon c’est partir. C’est comme un train à grande vitesse qui va te happer dans un courant d’air, c’est terrifiant, mais il arrive plus lentement. Je vais pour ouvrir les lèvres, elle me dit.
« On va te détacher »
C’est parfait, pas besoin d’expliquer, juste d’accepter et de rassurer mon petit cerveau. Il déteste quand on enlève les cordes, comme quitter un lit un matin d’hiver. Deux doigts de ma main droite sont engourdis mais elle va bien, elle a vérifié, je m’autorise sur les derniers instants à l’oublier.
Je crash mais pas de tunnel, juste le contact du sol, les cordes et mon corps. Elle les enlève lentement, c’est parfait. Je sens une chaleur, mon corps se crispe et se calme alors qu’elle m’agrippe les mains, je déconnecte plus loin, une fois la surprise estompée. Je crois qu’elle a posé un instant sa tête sur mon dos. Plus de dialogue interne, le silence, le cocon, je suis bien, c’est addictif, la mer des nuages est là, elle m’emporte avec douceur, je m’envole.