Gradation

Ce qu’il y a de passionnant avec le BDSM, c’est que lorsque l’on pense approcher un niveau correct, avoir saisi certaines de ses subtilités, il nous remet à notre place. Il nous murmure délicatement à l’oreille, de sa voix chaude et suave, de ne jamais oublier, de nous méfier, de l’approcher avec une vision humble, et que sa profondeur est telle que la suffisance n’est pas envisageable en sa demeure.

C’est donc ce qu’il c’est passé avec « La Chérie », peut-être l’avais-je sous-estimé, mes poussières d’années supplémentaires ont probablement émoussé mon bon sens. Je quittais tout juste les bras de Morphée, bercé contre sa peau douce, quand un mouvement discret réveilla légèrement mes sens. 

J’entrouvrais un œil ensommeillé, curieux, et vis l’étincelant sourire de « Celle qui murmure », je m’apprêtais à me rendormir rassuré, elle était seulement réveillée, rien d’alarmant, d’inquiétant, si ce n’est la lueur malicieuse au fond de ses prunelles, lueur à laquelle je m’étais habitué, et que je n’ai su décrypter.

Une sensation vive m’arrache des dernières brides du monde du sommeil, un gémissement surpris m’échappe, je remue légèrement pour voir d’où provient la cause de la chaleur qui irradie ma fesse. J’écarquille les yeux et les plonge dans deux ovales sombres et pétillants, je reste sans-voix, et fais courir mon regard sur son bras, je pousse mon enquête pour trouver la fautive, elle est là, dans le creux serré de sa main, presque encore vibrante, se nourrissant de ses impacts sur mon corps.

Le réveil est certes peu habituel, mais je n’esquisse pas un mouvement de protestation, si ce n’est un langage corporel surpris, j’ai le temps d’apercevoir son sourire immaculé, avant que la cravache m’assène quelques petits coups rapides. Cette fois sur mon torse, mon ventre, et enfin mes tétons. Je retiens beaucoup moins mes gémissements qu’à l’accoutumée, j’en suis presque fier, peut-être même qu’un léger sourire orne mon visage. 

La Belle semble satisfaite, ou plutôt m’encourage à continuer, quelques coups à peine cruels atteignent le haut de mes pectoraux, malgré moi, je remue quand elle augmente l’intensité. Ses jambes bloquent alors mon bras droit, dans un étau serré mais agréable, je ne lutte pas, son contact est chaud et m’aide à apprivoiser cette douleur, que j’ai bien du mal à laisser quitter mes lèvres.

Le rythme prend une tournure inhabituelle mais intéressante, elle alterne efficacement les coups sur la droite et la gauche de mon torse, je m’habitue presque et accueille les impacts en frémissant, je n’essaye pas de les minimiser, je veux rester immobile sous la pluie qui redouble.

Je perds légèrement la notion du temps, La Douce a-t-elle commencé mon réveil express depuis 5, 10, 15 minutes ? Je ne le sais pas, et n’ai pas le temps de m’en soucier. La cravache mord les parties les plus fines et délicates de mon buste, s’aventure juste en dessous des côtes, et saisit la chair de l’intérieur de mes cuisses. J’ai à peine le temps de clore mes lèvres, ma gorge devient le théâtre d’une symphonie inconnue. J’ignorais même que je pouvais produire de tels sons, je n’ai pas le temps de m’en offusquer, et libère ce trop-plein de sensation par vagues, sa main caresse légèrement ma tête, j’en perds contenance. Elle m’aide à tenir et sa douceur ne fait que rendre les morsures de la cravache plus savoureuses, un léger filet de bave se propage sur l’oreiller et ma joue, mais je ne prends même pas le temps de le chasser.

Parfois ses mains lâchent leur objet divin, et frictionnent avec vigueur les sillons de son travail. Comme pour s’assurer de la régularité de son œuvre, les caresses appuyées se transforment en une explosion de sensations, vives, irrités, caressés, apaisés, tout ça mélangé à la fois. Elle s’attarde même sur mes meurtrières, et les stimule longuement sans pitié, le peu de contenance qu’il me restait me déserte, et les râles de plaisir vifs inondent la mezzanine.

 Un arrêt inopiné me laisse reprendre ma respiration, sa voix douce caresse délicatement mes oreilles. 

« Tu te souviens des mots ?

-Jaune, orange, rouge murmurais-je 

-Bien »

Les assauts de la cravache redoublent encore d’intensités, et assaillent avec vigueur mes collines érogènes, je me crispe face à cette attention redoublée, et en perds mes bonnes manières. Un léger chuchotement me ramène aux convenances, tandis que l’inventive repositionne mon torse avec douceur mais fermeté.

Comme pour s’assurer de ma bonne volonté, chaque fois qu’elle me repositionne, elle appuie encore plus longtemps sur l’endroit qui rompt mon immobilité.

Je serre les dents, enfin quand des râles obscènes ne monopolisent pas ma bouche, j’ai l’impression que des ondes de chaleur irradient de mon torse et se propagent sur ma peau, comme des volutes de poussières électrisés provoquées par un rallye invisible.

Chaque impact perturbe ces ondes, et les concentrent en un point quelques secondes, la sensation est délicieuse, je n’avais jamais encore ressenti ça, les impacts sont beaucoup plus forts et appuyés. Pourtant la douleur est comme atténuée par ces ondes qui se propagent, je perds pied et suis seulement ces sensations nouvelles, je ne sais combien de temps. Le plaisir naît alors sous une forme nouvelle, inconnue, délicieuse, mais aussi effrayante. C’est si agréable que j’oublie tout le reste, mais cette nouveauté m’effraie, ces deux émotions s’affrontent alors une dizaine de secondes. Partagé entre l’envie de continuer à explorer ce plaisir naissant, et cette panique qui commence à fissurer les ondes. Je cède alors à cette panique, et prononce le mot en R, presque à contrecœur, la cuisante chaleur s’estompe à peine malgré l’arrêt de la Divine. Les ondes de plaisirs s’espacent tandis que je me blottis dans son cou, elle me rassure doucement avec une voix douce, sa chaleur me berce, tandis que les yeux fermés, je refais connaissance avec la réalité. Je balbutie quelques mots avec difficulté, pour exprimer mon ressenti, je ne veux pas l’inquiéter. Ses doigts délicats masse l’arrière de mon crâne, et je me laisse choyer de longues minutes. Quelques larmes ont coulé de mon visage, trois ou quatre plus par panique que par douleur, l’image des ondes chaudes galopantes m’intrigue, une légère frustration m’envahit, j’aurai voulu continuer… je m’apaise et me plonge dans ses caresses, oubliant mes interrogations.