27 minutes

Il est difficile de ne pas aborder les punitions qui sont parties intégrantes de ces relations de pouvoirs, parfois constantes, parfois éphémères. 

Elles sont bien plus complexes qu’il n’y paraît, il ne s’agit pas de punir un garnement en lui faisant recopier des lignes, bien que cela puisse parfois prendre cette forme.

La question est la suivante, comment trouver une punition adéquate ?. Vous ne pouvez punir un maso en lui infligeant la douleur, certains sévices peuvent même prendre la forme d’une récompense. La soumise ou le soumis peut chercher la punition, l’imaginer, l’espérer, jouir de son attente, c’est à la personne dominante d’analyser, et de construire une réponse adéquate à la faute.

Il m’arrive parfois de chercher les punitions, je ne suis pas particulièrement “Brat”, mais comme beaucoup de monde j’aime parfois jouer avec les limites. Je ne le fais pas particulièrement finement, il faudrait que j’apprenne l’insolence courtoise, si tant est qu’elle existe. Évidemment cette fois-ci, je n’ai pas été délicat dans mes bravades, qui ne sont pas tombées dans l’oreille d’une sourde, j’ai sous-estimé son imagination et me suis heurté à un délicieux sang-froid . Mes taquinement n’ont pas eu l’effet escompté, il me semble que j’ai eu droit à une réponse écrite pleine de bon sens.

« Je sais exactement ce que tu essayes de faire, tes provocations ne fonctionnent pas, tu seras effectivement puni mais pas d’une manière qui te plaît »

C’est ce qui s’appelle se faire prendre à son propre jeu, cela a effectivement calmé mes ardeurs pour un temps, l’épée de Damoclès me poussant à une prudence accrue. 

Quand on part avec un mauvais point c’est parfois excitant, surtout quand on est encore dans une phase de découverte de la personne en position de force. Est-elle sévère, si oui à quel point ? Personnellement ça fait travailler mon cerveau, l’attente, et le questionnement, provoque un émoi et une excitation sans pareille.

J’imagine qu’une fois la leçon apprise, le sentiment est différent, et que la crainte peut prendre le pas sur le plaisir à faire preuve d’insolence. Chaque relation a ses propres caractéristiques, peut-être que pour certains le mot punition rime avec frissons, et que pour d’autres une terreur sourde s’empare de leur être.

Arrive le moment tant attendu, le dénouement, la sentence, prononcée de façon presque innocente. 

Son visage gravé d’un sourire angélique me regarde avec attention. 

« Il serait peut être temps de songer à ta punition ?»

Je ne me souviens pas de ma réponse, je crois avoir prononcé un oui simple, net et précis, peut-être timide, peut-être enjoué.

« La Chérie » prend ses cordes, j’adore quand elles les saisis, elle sait que j’apprécie particulièrement l’étreinte serrée qu’elle appose à ses fils. 

La tournure des événements est bien trop simple, j’attends la suite docilement, la curiosité prenant le pas sur le reste.

Je savoure l’entrée, un TK serré et appliqué efficacement, je fais même l’effort de taire tout inconfort quant à ma position à genoux. Une fois satisfaite et toutes sensations de coupures écartées. Le manège suit son cours, mes jambes se retrouvent elles aussi entravées, chacune subit un minutieux appareillage, une fois repliées sur elles-mêmes. Je me délecte des cordes enserrant ma peau, la sensation est unique, et je suis détendu tandis qu’elle me regarde concentrée.

Une corde passe plusieurs fois dans l’interstice de ma jambe gauche et la relève dans une position plutôt inconfortable, je suis surpris face à cette semi-suspension de ma jambe. Mon regard interrogateur croise celui de « La Très Chère », le dessert prend une tournure piquante, plutôt que mielleux, son expression amusée ébranle légèrement mon sourire.

Ma jambe tendue me force à m’appuyer sur mon bras droit, ainsi que mon épaule, l’inconfort est réel tandis qu’elle fixe la corde à la balustrade. Un autre lien dont j’ignorais l’utilité vient se fixer à sa toile, rejoignant les hauteurs en appuyant le côté de mon ventre.

« C’est assez tendu pour toi?

-Peut-être trop

-Oui en effet tu as raison »

La pression se relâche légèrement, apaisant mon inconfort sans pour autant le supprimer. Une fois la corde fixée et sécurisée, elle prend un petit temps pour admirer son œuvre.

« C’est parfait exactement comme je l’imaginais

-Ravis que ça vous plaise Très Chère

-Et devine la suite, tu vas passer les 27 prochaines minutes dans cette position, sans aucune attention de ma part »

Mon silence respectueux clôt la discussion, tandis qu’elle s’allonge au bout du matelas, elle semble se concentrer sur une lecture inconnue. Peut-être lit elle le blog que je lui ai conseillé, ça serait bien son genre de se délecter de passages excitants des mésaventures de Sophie, tandis que je pends telle une breloque décorative. Je suis échec et mat, certes la punition aurait pu être plus cuisante, mais elle était très intelligente. Divers moteurs de soumission sont intrinsèques à chaque individu, ils nous poussent à nous soumettre, l’un de ceux-ci est l’attention portée au soumis. 

En étant privé, j’adopte une posture docile, et tâche de m’occuper en silence. J’essaye tout d’abord d’éprouver la solidité de mes liens, c’est savoureux de tirer sur la corde sans en entamer la résistance, sans la sentir relâcher sa morsure sur ma peau, l’excitation monte, mais si je continue, je risque de bouger légèrement et d’accentuer mon inconfort. Mon regard se porte alors sur “Celle qui murmure”, elle semble totalement absorbée par sa lecture, j’en ferai presque une moue de dépit, mais quel intérêt à le faire si ce n’est lui prouver sa victoire. J’ai envie de l’appeler, presque de la taquiner, mais mon bon sens reprends le dessus, 27 minutes ça peut être long et rien ne dit que la durée soit figé si je joue avec ses nerfs. Reprendre contenance, jouer avec ses liens, la fixer, fixer le plafond, sentir l’excitation, la laisser retomber. Je joue ainsi quelques minutes, elle reste silencieuse, je la regarde à la dérobée parfois. Caresser ses jambes d’une vision envieuse, remonter ses courbes jusqu’à son buste, humer presque l’odeur de ses cheveux, et m’attarder sur son expression absorbée, comme si j’essayais de faire la court à ses prunelles, amant rejeté de celles-ci et condamné un temps à l’oubli.

Je n’ai pas accès à la mesure du temps, j’ignore depuis combien de temps je suis exhibé telle une marionnette, je m’accommode de la situation cependant.

Ma surprise est réelle, quand « Celle qui encorde » quitte sa lecture pour se rapprocher de son jouet suspendu, elle saisit un jouet vibrant qu’elle place contre mon sexe surélevé, je n’esquisse pas un mouvement, je reste totalement immobile en sentant les vibrations se répercuter sur toute ma verge, la sentant gonfler d’excitation.

Je gémis de plaisir, tandis qu’elle saisit un bâillon boule violet, une fois fixé autour de ma bouche elle me pose la question suivante.

« C’est bien confortable? »

Je lève probablement les yeux au ciel, en balbutiant quelques mots déformés par le bâillon. Je songe à  une petite pique pour lui répondre, avec ma langue je fais pression sur le bâillon pour l’extirper de ma bouche et lui répondre de vive voix. Je comptais lui dire que c’était de véritables vacances, mais sa main rapide apposée contre ma bouche m’empêche de finaliser mon plan.

Elle resserre d’un cran le bâillon et me faire comprendre que je n’ai pas intérêt à réitérer la chose, j’hoche la tête un peu calmé par son ton sec mais amusé.

Amusée ? Peut-être était-ce la suite de ses manigances qui était à l’origine de ce pli plaisant sur son visage. Elle ramasse les pinces tétons qu’elle brandit fièrement. Elle les fixe encore une fois avec précision telle une chirurgienne du pincement, et les relie à une corde pour accentuer la pression.

Elle retourne à ses occupations, tandis que je jongle avec un panel de sensations, les vibrations font monter mon plaisir, ce qui me donne envie de bouger même inconsciemment, des petits spasmes de jouissances me font remuer dans les cordes. Si je me laisse aller à des mouvements trop amples, les pinces resserrent la pression. J’alterne entre ces deux sensations, respirant parfois dans mon bâillon, ce qui a pour effet de produire un sifflement léger. Je repositionne mes lèvres régulièrement afin de ne pas baver, et ferme mes yeux pour me concentrer sur les sensations. Les pinces deviennent douloureuses, je restreins mes mouvements, mon sexe reste en érection face à l’assaillement de vibration, je tire sur mes cordes et gémi de plaisir et de frustration. Je n’ai plus le loisir de jeter des coups d’œil à la dérobée, j’ignore si « La Chérie » savoure le spectacle.

Un mouvement m’indique qu’elle est de nouveau prêt de moi, elle saisit l’objet vibrant, vérifie son bon positionnement, et augmente l’intensité des vibrations. Je râle de plaisir, et éprouve la solidité de mes cordes. Inutile de lutter, je me noie dans cet océan de sensation. 

« Oh ! il y en a une qui est tombée ! » Son ton est enjoué, elle repique mon téton récalcitrant après l’avoir pincé de son doigt. Il me semblait bien que la sensation était amoindrie, le picotement reprend couplé aux vibrations, la sensation est délicieuse, mon cerveau m’ordonne de jouir, je remue un peu plus et essaye de m’apaiser.

« La Chérie » se rapproche de moi et me demande si tout va bien, j’hoche la tête, enfin esquisse un mouvement qui s’en rapproche.

Sa main approche de ma gorge et avec expérience elle pousse sur le haut de ma trachée, j’ai le souffle coupé, incapable d’esquisser un mouvement, le sexe en ébullition, et des tétons qui jouent aux montagnes russes.

Mon regard se plonge ardemment dans le sien, elle analyse chaque trait de mon visage, la première coupure est courte mais intense. Avant de reprendre cette fois-ci plus longuement, je gesticule, mon bâillon produit un son étrange face à ma gorge qui quémande un peu de répit. Je me sens totalement vulnérable, et chaque fois qu’elle relâche sa prise c’est comme si mon excitation montait d’un cran, chaque appel d’air désormais compté me fait l’effet d’un effluve érotique. Ce doux parfum de danger me submerge, je reste perdu dans ses prunelles sombres, les coupures se prolongent une ou deux fois. La boule en étau dans mes lèvres complique légèrement mon souffle, et remue prise au piège à chaque délicieux mouvement de protestation.

« Celle qui murmure » semble satisfaite, et relâche ma gorge, j’aurais aimé que ça dure plus longtemps, mais mon inexpérience de ces jeux pousse à la prudence. Il doit me rester une dizaine de minutes, à patienter ainsi, son attention se porte ailleurs jusqu’à la fin de la punition. Je retourne à ce monde entremêlé de douceurs et de douleurs, en savoure chaque seconde, m’impatiente, me soumet, gesticule, me fige, et gémis pendant de longues secondes.

 

Vient alors le désencordage délicat, et intense, mes muscles me font légèrement souffrir, et les étirements salvateurs qu’elle me prodigue me font serrer les dents. Je quitte ce monde de frustration et de plaisir, cet étau agréable et douloureux pour me blottir contre « La Chérie » . La punition est achevée, mon insolence réprimée… du moins pour un temps