Message

Il se leva en avance, résista à l’envie de fumer au réveil. Fit couler un café, tout en préparant du porridge. Pourquoi s’embêtait-il à bien manger ? Alors qu’à la moindre contrariété, il se jetait sur ses précieuses cigarettes. Il se promit d’arrêter de fumer, un jour, le bon jour, il trouverait la motivation. Il n’avait jamais exprimé cette pensée à qui que ce soit, surtout pas à la divine. Elle s’empresserait de l’aider, coach de vie autoritaire ; elle inventerait des punitions si contraignantes et sadiques s’il craquait… Il frissonna alors que son imagination s’emballait et alla ranger son paquet hors de sa vue.

Mâchant avec peine, tel un bovidé, tout absorbé par ses pensées, il lui écrivit le message du matin. Toujours un le matin et un le soir. Ne jamais le manquer, même si des semaines sans réponses s’écoulaient. Il avait essayé un jour, frustré après plusieurs jours d’ignorance. Il n’avait simplement rien envoyé, une rébellion puérile qui avait été matée le soir même. Elle l’avait emmené au restaurant, tout sourire, toute charmante. Il avait passé le repas dans la terreur alors qu’elle lui posait des questions sur son quotidien, son travail, chose qu’elle ne faisait jamais. Elle l’avait également raccompagné au pas de sa porte, et avant de partir, lui avait demandé :

« Tu veux une gentille ? Une docile ? Des brunchs le dimanche matin ? Des caresses et des encouragements ?

Il s’était décomposé, alors qu’elle révélait ses cartes après l’avoir cuisiné toute la soirée. Elle referma la porte à double tour avant de déchirer le tee-shirt qu’il portait en deux et de le fourrer dans sa bouche.

– Si tu veux, je te pardonne et je pars, dit-elle tout en empoignant son menton. Il secoua la tête, impatient d’expier.

Un uppercut dans le ventre lui coupa la respiration tandis que ses escarpins piétinaient ses côtes alors qu’il roulait au sol.

– Même si je ne t’envoie pas de messages pendant un mois, j’attends de toi une attention indéfectible ; c’était un test, tu l’as raté. 

Elle saisit son cou et lui coupa la respiration.

– Et je sais que tu as fait exprès pour goûter les limites, pour voir si j’allais laisser passer. 

Sa main agrippa son téton, qu’elle tordit avec facilité.

– Tu as gagné mon attention. »

 Elle le prit dans ses bras avec douceur mais fermeté, en caressant sa lèvre, et décida de le torturer pendant une longue heure sans jamais le laisser parler ni s’expliquer.

Ce n’est que lors du dernier jeu, à bout de souffle et de nerfs, à deux doigts d’abandonner lors de la dernière pénitence, qu’elle lui avoua qu’elle avait espéré qu’il faillît, que pour une fois elle n’avait pas eu besoin d’inventer des manquements pour exprimer son sadisme. Il ne dit rien mais rougit, et pour la première fois dévoila un sourire charmeur. Elle l’embrassa avant de commenter :

« Ne te méprends pas, j’adore ton côté obéissant, mais c’est agréable de pouvoir te pourrir sans limites. 

Il acquiesça, le souffle court, les genoux en feu à même le sol sur du riz, les jambes et le torse recouverts de bleus et de morsures, alors qu’elle écrasait d’un pas distrait ses testicules. Une larme coula qu’il ne prit pas la peine de retenir.

« J’aime quand tu pleures. Elle ne manqua pas une seconde de la scène, absorbée par le sillon de l’eau courant sur sa peau.

– Une seule larme. » Elle se leva tout en continuant à lui écraser les parties intimes. Elle lui caressait la tête avec douceur tout en continuant à se servir de lui comme d’un piédestal. Elle le laissait humer le parfum de ses cuisses, le regard au plafond, satisfaite, et se surprit à apprécier la douceur de ses cheveux. Elle les empoigna fermement, le forçant à embrasser cent fois chacune de ses jambes avant de le laisser là, tout penaud.

« Je te pardonne, à demain, » dit-elle en claquant sa porte d’entrée. Il lui envoya un message le soir même après avoir retrouvé ses esprits, et depuis, il n’en avait manqué aucun.